Le rappeur qui va faire scandale
Cet automne, nombre de rappeurs se sont engagés pour ramener la paix dans les banlieues. Alibi Montana préfère l’option " racaille ". Le mois prochain, cet artiste de rue, originaire de la cité des 4000 à La Courneuve, sort un disque qui, à coup sûr, va créer la polémique. Dans un de ses titres, Aucun Changement, il interpelle violemment le ministre de l’Intérieur : Nicolas t’ouvres ta gueule tu fais du bruit pour rien/ Tu fais la racaille à la mort/ Putain, personne te craint/ Le bitume t’a montré qu’il faut pas l’insulter/ Continue ce bras de fer et tu vas te faire buter.
Jamais, dans l’histoire du rap français, un ministre n’a été interpellé de manière aussi frontale. Né à Haïti, arrivé en France à l’âge de 3 ans, le rappeur, condamné en 1999 à trois ans de prison pour tentative d’homicide, incarne la tendance dure " hardcore " du rap. Son dernier album s’est écoulé à 50 000 exemplaires. Il se défend de toute incitation à la violence : " Au contraire, je lui rends service. Sarkozy ne s’imagine pas à quel point il est haï dans les banlieues. " Pourtant, sur le même morceau, son complice, le rappeur Zone, s’affiche " dealer le jour et pyromane de nuit " et affirme vouloir " changer les CRS en torches humaines ".
Alibi Montana Risque-t-il des poursuites ?
En décembre, 200 parlementaires ont demandé au garde des Sceaux d’engager une action pénale contre sept textes de rap accusés d’inciter au racisme antiBlanc et à la haine de la France. En 2002 et 2003, les groupes La Rumeur et Sniper avaient été poursuivis en justice par le ministre de l’Intérieur pour " diffamation publique envers la police nationale " et incitation au racisme et à l’antisémitisme. Dans les deux cas, les deux groupes mis en cause avaient été relaxés. Les dernières condamnations remontent à dix ans : Ministère Amer en 1995 pour incitation à la haine raciale et NTM pour outrage à la police.