Un CNE sur dix est une vraie création d'emploi
À la différence du CPE, mort-né, le CNE, son devancier, s'est installé discrètement, en août 2005, dans le monde du travail. Avec le même principe : le contrat peut être rompu pendant deux ans sans justification. Et une différence : le CPE aurait été réservé aux jeunes de moins de 26 ans et aux sociétés de plus de 20 employés. Le CNE est destiné aux entreprises de moins de 20 salariés, et ne tient pas compte de l'âge des candidats.
Dominique de Villepin avait estimé, fin mai, qu'un tiers des CNE étaient de nouveaux emplois. L'étude évalue cette proportion à 10 %. Près de 70 % des CNE se sont substitués, à parts égales, à des CDD ou à des CDI. Et 20 % correspondent à des anticipations de recrutements.
Par ailleurs, on compte 30 % de CNE rompus après six mois. Ce qui contredit encore le Premier ministre pour qui « 90 % des CNE signés depuis dix mois sont toujours en activité ». Dans 45 % des cas, le salarié est à l'origine de la rupture, contre 38 % imputables à l'employeur, alors qu'elle se fait d'un commun accord dans 17 % des séparations. Cela dit, seuls les chefs d'entreprise ont été interrogés.
Alors le CNE, bonne ou mauvaise idée ? 44 000 embauches nettes en huit mois, ce n'est pas négligeable. Ce chiffre est à comparer au solde de 50 000 emplois créés en 2005 dans le secteur privé. Reste que l'on appréciera réellement la mesure deux ans après sa mise en oeuvre. Quand les premiers CNE devront être convertis en CDI classiques... ou s'interrompre. Sans attendre, politiques et syndicalistes sont déjà montés au créneau. « Le CNE crée entre 40 000 et 80 000 emplois nouveaux dans notre pays », a affirmé Dominique de Villepin. Et Renaud Dutreil, ministre délégué du Commerce, y voit « le premier outil efficace contre le chômage qui ne coûte rien à personne ».
L'étude a, en revanche, apporté de l'eau au moulin des syndicats. « Une véritable esbroufe. Ce qui reste, c'est la pression que peuvent exercer les employeurs sur les salariés », déplore la CGT, déterminée « à faire la peau au CNE ». FO recense « un nombre grandissant de plaintes aux prud'hommes pour des cas de ruptures de contrat abusifs ». Et, pour la CFDT, « cela ne fait pas la pesée, quand on voit le nombre de salariés qui se retrouvent dans la précarité à cause du CNE ».